Marguerite Sérusier

MARGUERITE SERUSIER, STYLISTE ET PEINTRE

Elle fut citoyenne de Châteauneuf de 1912 à son décès en 1950 et s’il est indéniable que son très grand peintre de mari , Paul Sérusier, lui fit de l’ombre, Marguerite Sérusier était également dotée d’un très grand talent.

Fille d’un officier de l’armée de terre, Marguerite Gabriel-Claude est née à Lons-le –Saunier le 12 mars 1879 et fut professeur de dessin des Ecoles de la Ville de Paris et l’une des premières à s’inscrire à la célèbre Académie Ranson. Elle dirigea l’Atelier Martine puis l’atelier de couture pour jeunes filles de Paul Poiret. Le monde artistique a reconnu son influence sur les arts de l’ornementation avant la Première Guerre mondiale, en particulier sur l’art appliqué aux tapis et textiles.

C’est à l’académie fondée par Paul Ranson (le Nabi dit « le plus japonard ») et son épouse France que Marguerite Gabriel-Claude devint l’élève du maître déjà respecté qu’était Paul Sérusier, déjà châteauneuvien mais effectuant de longs séjours dans la capitale.

Le 22 février 1912, l’Abbé Ackermann, ancien professeur de philosophie de Paul au lycée Condorcet, bénit le mariage des deux artistes à l’église Saint-Sulpice. Paul Sérusier possédait depuis 1906 sa maison neuve de Duchenn Glaz, au numéro 27 de la rue qui porte actuellement son nom et dont le passant reconnaît encore la façade de petites pierres et les volets verts.

Il est notoire que Marguerite Sérusier, sous l’influence de son mari, réalisa alors des peintures de grande qualité, au point que des châteauneuviens détenteurs de tableaux non signés se posèrent longtemps la question de savoir qui avait tenu le pinceau. Mais il est certain que l’épouse, éprise de l’art de la tapisserie, encouragea son mari à persévérer dans l’art mural. C’est ainsi que vers 1913, les plâtres du vestibule, du couloir et de l’escalier furent ornés d’étonnantes réalisations sur des thèmes religieux, païens ou ésotériques. Et c’est Marguerite qui l’incita à reprendre son projet de décoration du baptistère de l’église paroissiale Saint-Julien, laquelle fut réalisée de 1914 à 1917.

Marguerite Sérusier connut une longue période de santé précaire et, le 6 octobre 1927, alors que son mari lui rendait visite à l’hôpital de Morlaix, il fut terrassé dans la rue par un mal foudroyant. On l’inhuma au cimetière de cette ville. Sa veuve lui survécut jusqu’au 25 septembre 1950. La santé retrouvée, elle ne resta pas inactive, peignit et oeuvra obstinément pour obtenir la consécration de son éminent époux, tout en faisant face à une situation matérielle préoccupante. Absente, elle écrivit en 1947 au peintre local Marcel Visonneau, autorisé à travailler dans l’atelier de Duchenn Glaz : « Je suis à Paris pour quelque temps, en travaux de soins à la peinture du Maître. Je vais bientôt remettre sur châssis les toiles roulées depuis 39… »

A Châteauneuf, elle n’était plus seule. Lui tenaient compagnie trois anciennes postières : ses deux sœurs célibataires Anne et Marie, ainsi que Mlle Henriette Boutaric, d’origine cantalouse, leur amie, qui acheta la maison et fut la légataire universelle de Sérusier. Les promeneurs du dimanche considéraient avec déférence la distinction et l’élégance surannée de celles qu’ils appelaient avec un rien de malice « ces dames aux chapeaux verts ».

Marguerite Sérusier fut inhumée à Morlaix auprès de son mari. Ses sœurs, qui lui survécurent jusqu’en 1956 (Marie) et 1964 (Anne) trouvèrent leur dernière demeure au cimetière local, tandis que continuaient à proliférer dans le pignon de la maison ces humbles fleurs curieusement nommées « désespoir du peintre ».

Henry MASSON

Du 04 mars au 16 avril 2016

L’Office de Tourisme de Châteauneuf-du-Faou proposa une exposition inédite d’oeuvres de Marguerite Sérusier issues de collections privées… Le succès rencontré incitera surement à renouveler une telle exposition…